Dans le premier article, je vous parlais de ma prise de conscience : mon immobilisme n'était pas de la paresse, mais de l'auto-sabotage. Un mécanisme de protection activé par une peur sous-jacente.
Cette semaine, j'ai essayé de regarder cette peur droit dans les yeux. Et ce que j'ai vu n'était pas joli. Ce n'était pas simplement la peur d'échouer, de ne pas avoir de clients ou de faire faillite. Non, c'était une peur bien plus intime, presque existentielle.
C'est la peur d'être démasqué.
C'est ce nœud dans l'estomac quand j'envoie un devis, en me disant : "Et s'il se rend compte que je ne suis pas aussi expert que je le dis ?". C'est cette angoisse qui me pousse à relire dix fois un simple e-mail, de peur qu'une faute d'orthographe ne trahisse mon "amateurisme".
C'est la peur qu'un client pointe du doigt un défaut sur le site que je lui ai livré et que son regard ne dise pas "il y a une erreur", mais "tu es une erreur". Une fraude. Un imposteur.
Ce n'est pas une peur rationnelle, c'est une peur identitaire
Rationnellement, je sais que tout le monde fait des erreurs. Je sais qu'aucun professionnel n'est parfait. Je sais qu'un contrat peut être amendé et qu'un bug peut être corrigé.
Mais cette peur ne parle pas à ma tête. Elle parle à mes tripes.
Elle me murmure que chaque imperfection n'est pas un simple défaut technique, mais la preuve irréfutable de mon illégitimité. Mon cerveau a fait une association toxique :
Erreur = Fraude.
Imperfection = Imposture.
Du coup, mon système nerveux perçoit le lancement de mon agence non pas comme une opportunité, mais comme une mise à nu. Une exposition au grand jour où chaque regard est une menace, chaque feedback un jugement potentiel. Et face à ce danger perçu, il déclenche le plan d'urgence : la fuite. Procrastiner, se distraire, s'anesthésier... tout sauf s'exposer.
La construction du "Faux Soi" : le masque de la compétence
D'où vient cette croyance irrationnelle que l'on doit être parfait pour être accepté ?
En creusant, j'ai compris que j'avais passé des années à construire, sans m'en rendre compte, une sorte de personnage : le "moi" professionnel. Ce personnage est compétent, fiable, il a réponse à tout, il ne doute jamais. C'est un masque confortable, une armure de protection.
Ce masque s'est construit très tôt, nourri par des expériences où l'on a compris que pour être aimé, respecté ou simplement validé, il fallait être performant. On a appris à cacher nos doutes, à polir nos faiblesses, à présenter une version "acceptable" de nous-mêmes.
Le problème, c'est qu'aujourd'hui, en lançant mon propre projet, je dois être bien plus que ce masque. Je dois être moi, avec mes doutes, mes approximations, mes zones d'apprentissage. Et mon inconscient panique à l'idée que les gens voient l'écart entre le masque impeccable et l'humain en construction qui se trouve derrière.
La peur d'être démasqué, ce n'est donc pas la peur d'être vu. C'est la peur d'être vu dans notre imperfection.
Le grand paradoxe : la perfection isole, l'authenticité connecte
Et c'est là que j'ai touché du doigt le plus grand paradoxe de cette peur.
Je croyais que pour gagner la confiance de mes clients, je devais être irréprochable. Mais c'est faux. Les gens ne se connectent pas à la perfection. Ils se connectent à l'authenticité.
Pensez-y : faites-vous plus confiance à quelqu'un qui prétend tout savoir et ne jamais se tromper, ou à quelqu'un qui dit honnêtement : "Sur ce point, je ne suis pas certain, mais je vais me renseigner et trouver la meilleure solution pour vous" ?
La quête de la perfection crée de la distance et nourrit notre propre sentiment d'imposture. Plus on essaie de cacher nos failles, plus on se sent faux.
Alors que l'acceptation de notre humanité, de notre statut "d'œuvre en construction", dégage une puissance tranquille. La crédibilité ne naît pas de l'absence de défauts. Elle naît de la manière dont on les gère : avec transparence, responsabilité et engagement.
Recadrage mental : je ne cherche pas à être irréprochable, je cherche à être fiable
C'est devenu mon nouveau mantra. Une phrase que je me répète quand l'angoisse monte.
Être irréprochable, c'est inhumain. C'est une pression paralysante qui mène tout droit au burn-out ou à l'inaction.
Être fiable, c'est profondément humain. C'est être quelqu'un sur qui on peut compter, non pas parce qu'il est parfait, mais parce qu'il est honnête, présent et qu'il assume ses responsabilités.
Je n'ai pas besoin d'être un génie du web pour être un excellent prestataire. J'ai besoin d'être un partenaire fiable. Et ça, je sais que je peux l'être. Même avec mes imperfections.
Cette peur d'être démasqué est, en fin de compte, le signe que l'on est profondément intègre. Les vrais imposteurs, eux, ne se posent pas ce genre de questions. Cette peur est le symptôme d'une authenticité qui cherche à naître.
Le chemin est encore long, mais je commence à comprendre que la solution n'est pas de construire une armure plus solide, mais d'oser, petit à petit, la laisser tomber.
Dans le prochain article, on s'attaquera à une autre manifestation de ce combat intérieur : le paradoxe étrange qui fait que plus on essaie de se forcer à travailler, moins on y arrive.
Et vous, cette peur du démasquage, comment se manifeste-t-elle dans votre vie ? Quel est le "masque" que vous avez le plus peur de voir tomber ? Partagez vos réflexions en commentaire, nos histoires se ressemblent sûrement plus qu'on ne le pense.
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