Si vous avez lu les deux premiers articles de cette série, vous savez que mon principal ennemi dans le lancement de mon agence est mon propre cerveau. J'ai d'abord diagnostiqué mon auto-sabotage, puis j'ai exploré la peur racine qui l'alimente : celle d'être démasqué.
Aujourd'hui, je veux vous parler du symptôme le plus visible et le plus frustrant de ce combat intérieur. Un paradoxe que je vis presque quotidiennement.
Le voici : plus je me mets la pression pour être productif, plus je suis incapable d'avancer.
Le scénario est presque toujours le même. Je me lève, le café à la main, animé d'une volonté de fer. La liste de tâches est prête. Je me dis : "Aujourd'hui, c'est différent. Aujourd'hui, je suis sérieux, je ne me laisse pas distraire." Je m'installe devant mon ordinateur, prêt à conquérir le monde.
Et là, rien.
Le vide. Une sorte de brouillard mental s'installe. Mon curseur clignote sur une page blanche. L'élan s'est évaporé. La tâche qui me semblait simple cinq minutes plus tôt est devenue une montagne insurmontable. Pour échapper à cette tension insupportable, je plonge dans la fuite : je vérifie mes e-mails, je "range" mes dossiers, je scrolle à l'infini sur les réseaux sociaux.
Quelques heures plus tard, l'énergie est retombée, la culpabilité est montée en flèche, et ma liste de tâches est toujours intacte. À la fin de la journée, je me sens comme un moins que rien, incapable de tenir ma propre parole.
Ce n'est pas un problème de discipline, c'est un problème de tension
Pendant longtemps, j'ai cru que la solution était de me forcer encore plus. "Sois plus discipliné !", "Arrête de te plaindre et travaille !". Je me parlais comme un sergent instructeur. Mais plus je criais, plus le soldat en moi se recroquevillait.
J'ai fini par comprendre que la volonté et la discipline ne sont pas des muscles que l'on peut contracter à l'infini. En réalité, quand je me dis "il faut que je sois productif", je ne fais pas appel à ma motivation. Je fais appel à mon système de stress.
Mon cerveau entend : "URGENCE + EXIGENCE + ENJEU ÉLEVÉ".
Pour lui, cette équation est le signal d'un danger. Face à un danger, notre système nerveux a trois réponses primitives : combattre, fuir ou se figer. Et dans mon cas, face à la "menace" de devoir être parfait et performant immédiatement, mon système choisit de se figer.
Ce brouillard mental, cette incapacité à réfléchir, cette fatigue soudaine... ce n'est pas de la paresse. C'est un état de gel neurologique. Mon corps est littéralement en train de freiner des quatre fers pour me protéger de la pression que ma propre tête lui impose.
En voulant aller plus vite, je créais la résistance qui me ralentissait.
Le travail est devenu un lieu de jugement
Ce cycle a une autre conséquence vicieuse. À force d'associer le moment de travailler à cette tension, à cette frustration et à la culpabilité du soir, mon inconscient a fini par enregistrer une information simple :
Travailler = Souffrance.
Le matin, quand j'ouvre mon ordinateur, mon corps anticipe déjà la douleur émotionnelle de la fin de journée. Il se contracte en prévision du jugement que je vais porter sur moi-même. Comment espérer être créatif, fluide et inspiré dans un état de contraction et d'appréhension ?
Je me battais contre mon propre conditionnement. J'essayais de courir un marathon avec des boulets attachés aux pieds.
La solution paradoxale : lâcher la pression pour retrouver l'élan
La seule façon de briser ce cycle n'est pas d'ajouter de la force, mais de la retirer. C'est d'apprendre à commencer ma journée de travail non pas par la pression, mais par la détente. De rééduquer mon système nerveux à associer le travail à la sécurité, et non plus au danger.
Concrètement, voici ce que j'expérimente :
- Commencer par moi, pas par l'ordinateur. Avant de me "mettre au travail", je prends 30 minutes pour préparer mon état intérieur. Une douche, quelques étirements, ouvrir la fenêtre et respirer, ou simplement boire mon café en silence. L'objectif : envoyer à mon corps le message "tout va bien, nous sommes en sécurité".
- Changer l'intention. Au lieu de me dire "je dois absolument finir ça", je me dis "je vais simplement passer 15 minutes à entrer en contact avec ce projet". Je retire l'obligation de résultat. Le cerveau n'aime pas les ordres, mais il adore la curiosité et l'exploration.
- Rendre la première action ridiculement simple. Je ne commence pas par la tâche la plus angoissante. Je choisis une micro-action qui ne demande aucun effort : relire la dernière phrase que j'ai écrite, corriger une faute de frappe, renommer un fichier. Ce premier pas, même minuscule, brise l'inertie et trompe le système d'alarme du cerveau.
- Neutraliser la culpabilité du soir. À la fin de la journée, au lieu de faire le bilan de ce que je n'ai pas fait, je note une seule chose que j'ai réussie. Même si c'est juste "j'ai réussi à commencer". Je célèbre l'effort, pas la performance.
Je suis en train d'apprendre que la vraie rigueur ne naît pas de la pression, mais de la paix intérieure. Quand je suis détendu et en sécurité, l'élan revient naturellement. Les idées fusent. Le travail devient un jeu, pas un procès.
Le chemin est un apprentissage constant. Mais j'ai arrêté de me traiter comme un bourreau. J'essaie de devenir mon propre allié.
Dans le prochain épisode, on explorera un aspect encore plus fondamental : comment notre énergie physique (sommeil, alimentation, mouvement) est en réalité le carburant invisible de notre clarté mentale.
Et vous, vivez-vous ce paradoxe de la volonté ? Quelles sont vos astuces pour sortir de cet état de "gel" mental et retrouver la fluidité ? J'ai hâte de lire vos expériences en commentaire.
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